Injures, bagarres, menaces: les footeux ont perdu la boule.
14 novembre 2021

Genève – Le football des talus menacé par une flambée de violence

Par Jean delort

Publié

L’association cantonale, alarmiste, a annoncé comme son homologue vaudoise sa volonté de sévir.

Injures, bagarres, menaces: les footeux ont perdu la boule.

Injures, bagarres, menaces: les footeux ont perdu la boule.

Getty images

La violence recommence à gangrener le football amateur genevois, après le pic navrant de 2018 (grave rixe d’une part, arbitre assommé de l’autre). Mercredi, l’association cantonale (ACGF) a annoncé à tous les clubs un durcissement immédiat des sanctions. La raison: «une importante recrudescence des cas disciplinaires graves» observée «au cours des dernières semaines» – comme sur Vaud, dont l’association avait communiqué de manière identique le 15 octobre.

Le mois dernier, canton et Ville de Genève avaient déjà élaboré une stratégie pour endiguer la violence sur les terrains amateurs.

20min/Gabriel Nista

Suit une horrifiante énumération: insultes, notamment racistes, visant arbitres, joueurs et spectateurs; comportements injurieux d’entraîneurs qui incitent des juniors à répliquer; agressions pendant et après les matches, dans les vestiaires et sur les parkings; bagarres et menaces à l’arme blanche.

Les parents se plaignent

«C’était le moment de durcir le ton», indique Pascal Chobaz, patron de l’ACGF. Il relève notamment des problèmes liés à l’environnement des clubs, victimes de groupes de jeunes supporters, non membres, qui viennent insulter l’équipe adverse et sur lesquels avoir prise est ardu. Par ailleurs, les violences ne concernant pas strictement le jeu sont souvent absentes des rapports d’arbitre. «Spectateurs et parents nous écrivent directement, et ce qu’ils disent est rarement tout faux. Ce n’est pas forcément négatif, nous apprenons des choses qui avant ne remontaient pas.»

Pascal Chobaz n’exclut pas que les arbitres omettent de signaler certains incidents par peur des représailles. «Même s’ils ont instruction de tout rapporter, je peux comprendre qu’ils hésitent, surtout les jeunes. Certains ont 15-16 ans, note Kazim Uysal, président de la corporation genevoise. Nous sommes justement là pour les aider à rédiger les rapports, ainsi que leurs collègues qui ont du mal en français.» Lui aussi note un climat délétère depuis la reprise du jeu cet été, après l’arrêt dû au Covid. «Les habitudes de courtoisie se sont perdues. Il y a un relâchement des joueurs, des entraîneurs et des spectateurs. La réponse de l’ACGF est proportionnée et adéquate.»

Les dérapages des spectateurs désemparent les présidents de clubs. «Lors de matches récents, entre 30 et 50 jeunes sont venus insulter l’équipe adverse, relate Christophe Gomes, patron du FC Vernier. Ils ne sont pas membres, on ne peut pas les sanctionner. On est quatre, ils sont cinquante. On ne peut pas fermer le terrain. La commune, propriétaire des installations, nous a dit ne rien pouvoir faire. L’idéal serait une présence d’agents municipaux ou de policiers. Mais la venue de ces groupes est imprévisible. J’espère que la trêve les calmera.» Présidente d’Avanchet-Sport, Ana Roch relate, elle, une invasion de l’aire de jeu par le public à la suite d’un contact appuyé entre deux joueurs. «L’arbitre voulait arrêter le match. On s’est engagés à faire partir les spectateurs, des jeunes. Mais ils sont restés alentours. À la fin du match, j’ai appelé la police, juste pour qu’elle se montre. Ça a calmé les esprits. Mais quand vingt personnes arrivent sur le terrain, comment je fais? C’est impossible. Je ne comprends pas pourquoi le foot est le seul sport qui génère ce type de comportements. C’est triste.»

L’ACGF affirme qu’elle va dégainer suspensions de longue durée, amendes, forfaits, matches à huis clos et retraits de points. Les entraîneurs maniant l’injure, «s’il y a des preuves, seront suspendus». Il y a un hic: en junior, nul diplôme n’est nécessaire. «On peut les priver de banc, pas d’exercer.» «Les incidents sont remontés aux clubs. On attend une prise de conscience.» La police genevoise, pour sa part, indique ne pas avoir constaté la recrudescence de violences relatée par l’ACGF dans sa communication.

Lire d’autres articles qui concerne Genève

Article d’origine