14 novembre 2021

Genève – Juifs à la mosquée et musulmans à la synagogue

Par Jean delort

Dimanche, la plateforme interreligieuse genevoise organise une journée de découverte croisée des communautés. L’événement, articulé autour d’un programme culturel, est ouvert à tous.

La grande mosquée du Petit-Saconnex et la grande synagogue Beth Yaacov.

La grande mosquée du Petit-Saconnex et la grande synagogue Beth Yaacov.

P. Frautschi – O. Vogelsang

«Notre but est de casser les murs, alors que de plus en plus de gens en construisent, mettant en danger le monde et l’humanité.» Président de la fondation de l’entre-connaissance, Hafid Ouardiri n’a de cesse de promouvoir le dialogue entre les différentes communautés religieuses. L’homme a ainsi imaginé, avec la plateforme interreligieuse de Genève (qui regroupe vingt-deux communautés et associations), un événement rare qui se tiendra dimanche: inviter les Juifs à la mosquée et les musulmans à la synagogue, autour d’un programme centré sur les arts arabo-hébraïques.

«Ici, à Genève, on cohabite très bien. Souvent, on fait les choses en même temps mais séparément. Là, il s’agit d’une rencontre exceptionnelle, car dans les lieux de culte. Cela fonctionne très bien aux Etats-Unis, mais pas aussi bien en Europe, où les gens sont un peu plus rigides. Ici, on veut bien rencontrer l’autre, mais hors de chez lui et de chez soi.» Une hérésie pour Hafid Ouardiri, qui se définit comme «un ennemi de l’entre-nous».

Musique et calligraphie

Dimanche, la matinée se déroulera donc à la grande mosquée du Petit-Saconnex, où, après un petit-déjeuner offert et une visite commentée des lieux, deux historiens de l’Université de Lausanne, l’un spécialiste de l’islam, l’autre du judaïsme, croiseront leurs regards et débattront de ces deux cultures. Un banquet casher et halal sera servi à midi, avant notamment que deux artistes réalisent une œuvre calligraphique mêlant écriture arabe et hébraïque. Les activités se poursuivront l’après-midi à la grande synagogue Beth Yaacov, où le musicien Fouad Didi animera des ateliers autour des mélodies arabo-andalouses. En soirée, il donnera un concert à la salle Frank-Martin, accompagné de la chanteuse Sandra Bessis, spécialiste des musiques séfarades.

«Deux lieux magnifiques»

Coordinatrice du projet, Barbara Doswell explique que la journée s’adresse à tous les Genevois, de tous âges et de toutes religions. Si elle est centrée sur le dialogue judéo-islamique, elle a aussi pour ambition de faire découvrir ces cultures à l’ensemble de la population. «Nous cherchons à attirer un public large. Il a été demandé aux intervenants de se mettre à la portée de tous. Des gardes d’enfants sont prévues. Des contes et une chasse au trésor leur sont spécifiquement destinés. Bien sûr, l’entrée est libre. L’objectif majeur, c’est susciter la rencontre. Et puis la mosquée et la synagogue sont deux lieux magnifiques de Genève, que tout le monde devrait avoir visité une fois.»

L’esprit de Genève

L’art constitue ainsi la porte d’entrée choisie par les organisateurs, qui y décèlent une évidente passerelle entre les deux mondes. «Il permet un partage à travers tout ce que nous avons en commun et de différent», estime Hafid Ouardiri. Il considère que l’initiative s’inscrit parfaitement dans le cadre du fameux «esprit de Genève», cette cité «qui a toujours été un laboratoire du dialogue. Mais celui-ci ne peut s’instituer qu’en connaissant l’autre. La société est pour tout le monde. Il est nécessaire que les mentalités évoluent, surtout en ces périodes où l’extrémisme progresse».

Barbara Doswell, coordinatrice de la journée de l’entre-connaissance, et Hafid Ouardiri, président de la fondation du même nom.

Barbara Doswell, coordinatrice de la journée de l’entre-connaissance, et Hafid Ouardiri, président de la fondation du même nom.

20 Minutes / jef

 

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